Les temps forts de ce forum par Fabrice Lachenmaier, Conseiller aux affaires européennes de la FEDE.
Shanghai (Chine). Juillet 2010. Le 2ième Forum du Comité mondial pour l’éducation et la formation tout au long de la vie s’installe dans l’auditorium du pavillon de la France, au cœur du site de l’exposition universelle qui a pour slogan « Meilleure ville, meilleure vie »[1]. Yves Attou, président du Comité mondial organisateur de la manifestation accueille la cinquantaine de participants venus du monde entier pour débattre successivement dans le cadre de 5 sessions sur les enjeux, les réseaux, les régions apprenantes, les entreprises apprenantes pour conclure sur l’avenir des systèmes d’apprentissage tout au long de la vie.
Mais, tout d’abord, pourquoi un comité mondial pour l'éducation et la formation tout au long de la vie [2]?
La question centrale qui se pose est de savoir comment relier toutes les séquences éducatives, de formation et d'apprentissage, sachant que dans la société de la connaissance tout peut être une occasion d'apprendre. Pour clarifier cette notion, il est indispensable de développer des réseaux et travailler en partenariat. C'est ce capital humain et social, au-delà des frontières et des cultures, dans toute sa diversité qui nous permettra de faire vivre ce concept et de tenter de l'opérationnaliser afin de le rendre précis. Rassembler largement et sans exclusive un réseau international avec les acteurs de "l'éducation et la formation tout au long de la vie ", dans chaque pays sur chaque continent, telle est la première étape de ce travail de réflexion et recherche-action.
Il s'agira d'inciter à :
Apprendre donc : ... en tous lieux, par soi, des autres, de l'environnement, dans l'action, de et par l'expérience, à tous les âges de la vie.
Telle est la devise du Comité mondial pour l’éducation et la formation. Apprendre en tout lieux … alors pourquoi pas Shanghai, pour une meilleure vie dans une meilleure ville justement. Shanghai, mégalopole du monde avec ses 20 millions d’habitants, ses 5.000 tours et grattes ciels, ses 20.000 chantiers permanents… Capitale économique de la Chine, c’est une ville qui a depuis longtemps une longue tradition d’ouverture sur le monde même si elle a été muselée durant l’avènement de la république populaire de Chine elle a retrouvé aujourd’hui sa place de centre financier et culturel de l’Asie.
Si Shanghai a retrouvé sa place dans le monde, il n’en demeure pas moins que le monde est aujourd’hui un village planétaire. Yves Attou, président du Comité mondial se demande ce que devient alors la personne apprenante dans ce village planétaire. Devant un parterre de personnalités de divers points du globe, européennes et Chinoises, au sein du pavillon français de l’exposition universelle de Shanghai, il poursuit ainsi sa réflexion : « Pour nous (le comité mondial), une révolution éducative mondiale est en cours. Elle remet en cause les systèmes traditionnels d’éducation initiale et de formation continue des adultes. Sous l’effet de la numérisation et de la mondialisation, une « planète apprenante tout au long de la vie » permet à une grande partie des citoyens de la planète d’accéder aux savoirs en tous lieux et à tous moments. La question éducative n’est plus limitée aux seuls élèves et étudiants dont le nombre est estimé à 1,4 milliard au plan mondial ; elle concerne 6,8 milliards d’apprenants, de la petite enfance à la fin de vie, dont 770 millions d’analphabètes. Cette « planète apprenante » est composée de dispositifs transfrontaliers qui mêlent enseignement en présence d’un professeur, apprentissage en ligne, auto-formation, bibliothèques numériques, tutorat électronique, orientation en ligne, évaluation à distance… »
Cette rencontre exceptionnelle dans une ville exceptionnelle s’est articulée par le biais de 5 sessions :
La cérémonie d’ouverture a été présidée par Lu Haihung de l’Agence chinoise pour la stratégie de développement de l’éducation et par Régina Huang, vice-rectrice de l’université de Shanghai.
La première session sur les enjeux de l’éducation tout au long de la vie animée par Carolyn Medel-Anonuevo, directrice adjointe de l’Unesco pour l’apprentissage tout au long de la vie a permis d’entendre des spécialistes comme Nélida Cespedes Rossel, présidente du Conseil de l’Education des Adultes d’Amérique latine ou Mohamed Marzougui, universitaire tunisien, auteur de nombreux articles sur l’alphabétisation. Hélène Bezille, professeur en sciences de l’éducation a souligné « la nécessaire réflexivité des apprenants (expertise de soi dans son rapport au savoir) » insistant sur le fait que « l’apprentissage est une dimension de la vie ».
La seconde session étudiait l’impact des réseaux dans l’apprentissage tout au long de la vie. Les réseaux sont partout : dans les institutions, en marge de celles-ci, au service de la communication, de l’information ou de l’apprentissage ? Le développement des réseaux a permis à des communautés de se rencontrer et de construire ensemble une « nouvelle toile » au sein de la société de la connaissance. Apprendre en réseaux, dans le contexte mondial actuel, ne relève plus d’une utopie mais plutôt d’un progrès social où chacun peut trouver un rôle à sa mesure dans l’échange et l’enrichissement mutuels. Pour aborder ce sujet, Denys Lamontagne (Canada), directeur de Thot Cursus, Jean Bertsch, directeur de l’agence Europe Education Formation France et Catherine Othaburu de la Fédération européenne des Ecoles ont donné quelques éléments pour apprécier l’évolution des réseaux et poser la question essentielle de leur efficacité. Ces derniers se multiplient sans qu’il y ait forcément de mutualisation. La solution serait dans la constitution de « méta-réseaux » propose Jean Bertsch tandis que la représentante de la FEDE explique que « pour vivre en réseau, il convient d’apprécier le travail collaboratif, de vouloir s’impliquer, d’intégrer et d’accepter la notion de concurrence ».
La troisième session concernait les territoires et leur rôle dans l’apprentissage tout au long de la vie. Un territoire apprenant doit mutualiser les compétences efficaces et utiles à tous, tout particulièrement dans les pays à fortes disparités et inégalités sociales. Il doit aussi garantir un équilibre entre urbanisation et désertification, richesse et pauvreté… Pour aborder cette question, François Deluga, président du Centre National de la Fonction Publique Territoriale a présenté les actions entreprises par son institution pour moderniser le service public local de proximité par l’épanouissement de l’agent par un parcours de formation adapté, soulignant que près de 100.000 fonctionnaires territoriaux sont illettrés. Gui Lin, vice secrétaire générale de l’association de l’éducation des adultes de Shanghai puis Makoto Suemoto, professeur à l’université de Kobe au Japon ont illustré ces propos en donnant des exemples des politiques entreprises dans chacun des pays pour favoriser le renforcement de l’éducation tout au long de la vie.
La quatrième session s’adressait aux entreprises apprenantes sous la direction de Christian Forestier, administrateur général du Conservatoire National des Arts et Métiers. Avec Muriel Morin et Angel Cheong du groupe GDF Suez mais aussi Jean Kaspar, vice-président de l’Observatoire Social International, Carlos Polenus, haut-conseiller sur les affaires chinoises à la Confédération syndicale internationale (Belgique) et Yves Hinnekint, directeur d’Opcalia, la discussion a porté sur le contexte de mondialisation qui incite les entreprises multinationales à rationaliser leur politique de formation et à investir le terrain de l’ingénierie des connaissances. En France, les dépenses de la formation professionnelle sont réparties de la manière suivante : 4,4 milliards par les Régions, 4,3 milliards par l’Etat et 12 milliards par les entreprises. Indiscutablement, les connaissances scientifiques et techniques sont au cœur du développement des entreprises de toutes tailles.
La cinquième session, probablement la plus intéressante abordait l’avenir de l’éducation et de la formation tout au long de la vie. Apprendre tout au long de la vie est une idée qui est maintenant admise par tous les acteurs de l’éducation et de la formation. Pourtant, il n’existe pas de réels dispositifs mettant en relation toutes les opportunités d’apprentissages du berceau à la fin de vie. De plus, l’inégalité d’accès aux savoirs reste un frein pour parvenir à une éducation pour tous tout au long de la vie. Les gouvernements nationaux, qui ont une compétence dans le domaine de l’éducation et de la formation, notamment pour la lutte contre l’analphabétisme et l’illettrisme, sont confrontés à l’émergence de dispositifs numériques qui passent outre les frontières. Les mutations actuelles interagissent et donnent corps à une « Révolution éducative mondiale ». Cette session présidée par Lu Haihong a été animée par Dominique Groux, professeur en sciences de l’éducation, spécialiste de l’éducation comparée. En conclusion, trois pistes ont été proposées : unir l’éducation formelle et non formelle, reconnaître la validation des acquis professionnels, se pencher sur la question de la motivation des apprenants. Pour Yves Attou, il convient également de tenter de « conceptualiser, de formaliser l’éducation tout au long de la vie qui ne doit pas être cantonnée à la formation continue des adultes, favoriser la diversification des acteurs qui interviennent (entreprises, syndicats, écoles…), reconnaître qu’il y a un mouvement mondial de décentralisation des politiques de formation dans les territoires et que nous vivons une Révolution éducative instaurant un ordre nouveau à la fois global et local avec la mise en place de réseaux qui dépassent les frontières et les contenus éducatifs fixés par les Etats ».
Si la révolution éducative mondiale est en marche, un pilier inébranlable demeure : c’est Confucius quand il dit : « Revoyez sans arrêt ce que vous savez déjà. Étudiez sans cesse du nouveau. Alors vous deviendrez un Maître ».
[1] Le 1er Forum s’était tenu à Paris dans les locaux de l’Unesco. Le troisième est prévu à Marrakech en 2012.
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